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Il
m'est
récemment parvenu du Chili. Los Surcos Inundados (Les
Sillons inondés) et Cortejo y Epinicio (Cortège
et Epinicie) par David Rosenmann-Taub. Ces deux livres sont
d'une qualité et d'un accent tout à fait exceptionnels,
et je ne vois personne, même chez nous, qui ose aborder
l'expression poétique avec une aussi déchirante
violence. La douleur de vivre, le désespoir et l'amertume
de ses expériences quotidiennes, la mort, inspirent ligne
à ligne ce lyrisme débordant d'ardeur et comme
d'avance
découragé.
Il faudrait, pour compléter ce
portrait trop sommaire, y noter la participation d'un humour
et
d'une fantaisie presque délirants. Il semble qu'ici la
vie diurne est encore toute mêlée, toute imprégnée
d'un cauchemar dont le poète lui-même ne sait pas
très bien si ce ne serait pas justement la vraie réalité,
alors que l'existence normale, celle que vivent les autres et
dont il se contentent, serait une illusion de leur optimisme
obstiné.
Elohis, que guettent les Morlochs... comme dans le terrible conte
de Wells. L'amour seul, l'amour moitie tendresse et moitie sensualité,
ferait contre-poids à cette angoisse organique; mais cela
ne dure que l'instant éblouissant de son extase, et l'on
retombe aussitôt
dans l'effroyable obsession du «sarcasme».
Eh
bien!
telle est la magie de l'art (quand elle est conjuguée avec
celle de la sincérité) que l'impression dernière
reçue d'une telle lecture est celle de la beauté.
M. David Rosenmann-Taub est un poète authentique, vivant
au milieu d'un monde dont chaque apparence et douée d'un
sens symbolique, ce qui le fait, en quelque sorte malgré
lui, le frère de ses innombrables existences,depuis celle
de la brebis jusqu'à celle du serpent. Poésie engagée.
Ah! celle-là, oui, je veux bien. Engagée dans la
peine de vivre, engagée dans la solidarité de la
douleur... Ecoutez ce gémissement, ce râle:
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...L'homme
lèche la terre, et la terre retombe sur l'homme.
L'homme pénètre la terre
Et les pleurs de la terre mouillent le front de l'homme |
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La terre avec son creux profond,
lit de lumière,
prépare le rêve.
Il faut dormir le rêve de la terre.
Il faut dormir.
Dormir.
Appuyer sur la terre
un front calme.
Presser avec ongle et bouche et soif
la cascade sonore de la terre,
sa turbulente boîte
navigant vers la paix.. |
Comme
un cri d'eau, le temps pénètre dans la terre d'os
Il va vers le dormeur.
Il lui demande si le rêve a le goût de la terre.
Et le
dormeur ne sait pas s'il doit dire
"Je
veux"
ou se
taire...
[Cortejo
y Epinicio, première édition: Poème
LXVII.] |
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